Quelques josekis de base

Quelques josekis de base

Le go est un jeu très étudié par les joueurs professionnels en Asie depuis plusieurs siècles. Ils cherchent sans cesse de nouvelles façons de jouer. L’étude de ces joueurs a permis de développer beaucoup de théorie sur les différents secteurs du jeu, et en particulier un grand nombre de josekis. Ce sont des séquences de coups que l’on considère équitables pour le joueur noir comme le blanc. Les josekis n’ont bien sûr aucun caractère irrévocable. Ces séquences de coups sont le fruit de l’expérience et des découvertes des professionnels (et même parfois des amateurs !). Elles ont d’ailleurs beaucoup évolué au fil des années. Certains josekis que l’on jugeait équitables autrefois ne sont plus considérés comme tels aujourd’hui grâce aux nouvelles avancées d’un point de vue théorique. On parle même souvent de tendance ou de mode parmi les professionnels pour certains josekis.

Un joseki très populaire il y a quelques dizaines d’années

La notion fondamentale à retenir est qu’un joseki est une séquence équitable localement. Cela veut dire que si l’on regarde uniquement la partie du plateau où a été joué la séquence, les deux joueurs en tire un bénéfice plus ou moins semblable. Là où ça coince, c’est que le go n’est pas juste un jeu où on joue des petites séquences locales un peu à chaque endroit du goban sans lien particulier ! Il faut veiller à ce que chaque coup joué soit le plus efficace possible avec l’ensemble du plateau. Il est donc primordial de jouer des josekis qui sont en accord avec les autres pierres que l’on a déjà posées sur le goban. Choisir quelle séquence jouer n’est cependant pas chose aisée, même à haut niveau. C’est la richesse des possibilités qui rend à la fois la chose difficile mais aussi qui donne sa beauté au jeu 🙂


Commençons avec deux josekis de hoshi :

Le coup blanc 2 est l’approche classique pour contester le coin noir comme je l’expliquais ici. Noir 3 est certainement le coup le plus joué en réponse à l’approche blanche en 2, que ça soit au niveau professionnel ou amateur. Cela permet de stabiliser la pierre noire 1 et d’empêcher toute attaque sérieuse de blanc sur cette dernière. Blanc « glisse » ensuite avec le coup 4 auquel noir répond en 5, un honnête partage du coin ! Blanc s’étend ensuite en 6 pour stabiliser ses deux pierres en haut.

Cette séquence est certainement l’un des josekis les plus simples et populaire qui soit. D’autres variations existent mais si vous voulez simplifier la position et éviter des combats compliqués, le coup noir 3 en réponse à blanc 2 est une très bonne option à envisager.


Au contraire si vous souhaitez attaquer la pierre blanche en 2, une bonne façon de faire est de pincer la pierre blanche :

Noir 3 est une pince

Avec ce coup noir 3, la pierre blanche a moins de possibilités de mouvements car le dernier coup noir lui bloque son extension naturelle sur le bord. Blanc doit donc choisir entre sortir vers le centre ou envahir le coin

En tant que débutant je vous recommanderai d’envahir le coin plutôt que de sortir vers le centre car cela vous permettra de construire des points solides beaucoup plus facilement. Voici la séquence classique extrêmement populaire que vous retrouverez souvent dans vos parties :

Au terme de cette séquence, blanc possède un bon coin d’une dizaine de points, et noir construit un mur tourné vers le bord nord du plateau.

Un point important à souligner : n’oubliez pas que les josekis ont été étudié de fond en comble ! Tous les coups d’une séquence ont leur utilité. Pour ne pas vous surcharger d’information dans cet article, je ne vais pas vous détailler tous les josekis que je présente ici, mais pour vous donner un exemple, prenez le dernier coup blanc du joseki, le tobi. On pourrait se demander que se passe-t-il si blanc l’omet :

Blanc décide de jouer ailleurs à ce stade de la séquence

Noir peut alors tourner avec le coup 1, et forcer blanc à vivre avec les coups 2 et 4.

Noir possède maintenant un mur en béton armé aussi bien tourné vers le bord nord que le bord ouest ! C’est un résultat catastrophique pour blanc. C’est pourquoi le dernier coup blanc de la séquence précédente était crucial.

Vous allez cependant tomber très souvent sur des adversaires qui ne joueront pas la séquence que vous avez apprise/étudiée et qui vont vous perturber. Vous ne saurez pas quoi jouer. C’est un argument très souvent retrouvé chez les gens qui pensent qu’apprendre des josekis purement est inutile car lorsque l’adversaire dévie de la séquence, le joueur se retrouve paralyser. C’est pourquoi il est généralement conseillé d’étudier les josekis plutôt que de les apprendre par cœur, pour comprendre quel est le rôle de chaque coup de la séquence. De cette façon si votre adversaire ne joue pas la séquence classique, vous aurez une idée de comment « punir » cet écart si c’est une erreur.

À votre niveau, le plus simple si vous ne voulez/pouvez pas prendre le temps d’étudier en amont, c’est de jouer au feeling dans vos parties et ensuite de vous faire commenter les josekis par des joueurs plus expérimentés pour voir où sont les erreurs de vos adversaire ou même les vôtres dans la séquence.


Voyons maintenant quelques josekis avec un coup noir placé sur un komoku. Comme je l’avais introduit ici, il y a deux façons classiques d’approcher un komoku. Pour rappel :

Une approche haute en A est plus dure à attaquer sévèrement pour noir. C’est un coup plus léger et flexible qui offre beaucoup de possibilités pour développer de l’influence ou prendre du territoire en fonction de ce que répond votre adversaire. Une approche basse en B est plus territoriale. Avec cette approche il sera plus simple de construire des points rapidement.

Les deux approches sont viables en fonction de la situation globale du plateau. Vous pouvez essayer de jouer chacun des deux coups et voir avec lequel vous vous sentez le plus à l’aise dans un premier temps. Au fur et à mesure de votre progression, vous sentirez plus facilement dans quelles situations il vaut mieux faire une approche basse et dans lesquelles faire une approche haute.

Pour l’approche haute, voici une des séquences les plus simples et très commune que vous pourrez trouver :

Au terme de celle-ci, noir possède un gros coin d’une quinzaine de points, et blanc possède un bon potentiel sur le bord nord et au centre. On parle encore de potentiel et non de territoire pour blanc car la formation blanche possède encore quelques faiblesses que noir pourrait exploiter pour lui retirer ses points, sans rentrer dans les détails.

Voici une autre façon de répondre pour blanc au coup noir 2 :

Voyez comme blanc change de direction. Dans la séquence précédente blanc développait le bord nord, et dans cette variation, il développe le bord ouest ! C’est cette capacité à changer de direction aussi facilement qui rend l’approche haute très flexible.


Regardons maintenant quelques josekis où blanc fait une approche basse au komoku :

Ceci est une façon très simple de jouer où chaque joueur s’étend sur un côté du goban. Cette séquence très pacifique peut avoir énormément de variations dans le même style.

Si maintenant vous souhaitez pincer la pierre blanche 2, vous pouvez jouer le coup 3 suivant. Cela ressemble beaucoup à la pince faite à partir du hoshi que l’on a vu un peu plus haut, sauf qu’ici, tout est décalé d’une intersection sur la gauche !

Voici donc un exemple d’une séquence plutôt combative, où blanc presse la pierre noire 1 avec les coups 4 et 6, puis lance une contre attaque sur la pierre noire isolée avec le coup 8. Le résultat de ce genre de combat va dépendre grandement de l’état du plateau dans sa globalité. C’est le genre de séquence qui est très dure à juger localement. Il faut vraiment prendre en considération l’ensemble du goban pour avoir une idée de qui aura l’avantage au terme de la séquence.


On touche ainsi à la fin de notre introduction sur les josekis ! Il y a beaucoup d’approches différentes sur l’étude des josekis comme je l’expliquais plus haut. Pour le moment je vous conseille de ne pas vous prendre trop la tête à apprendre beaucoup de josekis différents ou étudier trop en profondeur des séquences. Essayez de vous inspirer des quelques séquences que l’on a vu dans cet article pour vos parties. Si vous êtes vraiment motivé, prenez un peu plus de temps hors partie pour regarder comment fonctionne telle ou telle séquence qui n’a peut-être pas fonctionné dans une de vos parties.

J’aimerais tout de même terminer avec une ressource parfois un peu controversée mais qui m’est très souvent utile : le site josekipedia. C’est une grande base de donnée avec beaucoup de josekis. N’importe qui peut modifier la bibliothèque ce qui peut amener des choses un peu bizarres parfois mais la grande majorité des séquences proposées sont correctes, et même parfois citées avec une source (souvent un joueur fort :p).

Je vous souhaite une bonne exploration des josekis 🙂

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