Les extensions sur la troisième ligne

Les extensions sur la troisième ligne

Aujourd’hui on va s’intéresser aux différentes extensions qu’il est possible de faire sur la troisième ligne du plateau à partir d’une de nos propre pierre. Voici quelques exemples d’extensions sur les bords du plateau :

Au go on cherche constamment à garder une certaine connexion entre nos pierres, même si elles sont à plusieurs intersections de distance. Elles doivent pouvoir se relier le plus efficacement possible si le besoin en est. Il faut également éviter de poser des pierres trop proches en début de partie car on veut plutôt essayer de contrôler des zones du goban à une grande échelle, on va donc chercher un compromis entre la distance des pierres pour qu’elles restent connectées et à la fois qu’elles influent sur le plateau efficacement.


Commençons d’abord avec l’extension la plus simple. Lorsque l’on joue une pierre au contact d’une de ses propres pierres, cela s’appelle un nobi :

C’est le coup le plus solide au go car la pierre que l’on pose est immédiatement connectée à la précédente, l’une ne peut pas se faire capturer sans l’autre. Sauf lorsque la situation local l’exige, on joue assez rarement des nobis. Pour s’étendre sur le bord et construire des points, c’est un coup trop lent.


Une extension un peu plus efficace est celle où on laisse une intersection entre la pierre que l’on pose et la précédente.

Cette extension a également un nom : c’est le tobi. C’est une des formes les plus courantes du jeu. Elle peut se trouver dans énormément de situations, pour stabiliser un groupe, attaquer des pierres adversaires, construire des points… Il peut arriver que l’on utilise également ce coup comme extension sur la troisième ligne mais c’est assez rare, car les deux extensions que l’on va voir après sont plus efficaces et rapides pour faire du territoire.


L’extension de 2 intersections est appelé nikken tobi en japonais, mais on dira plutôt extension de 2 dans la francophonie :

Cette extension est généralement optimale pour étendre une pierre et construire des points par la même occasion. Pourquoi donc ? Elle ne peut pas se faire séparer. Bien que les deux pierres aient une distance entre elles de 2 intersections, blanc n’a aucun moyen de séparer les deux pierres noires.

Voyez plutôt, si blanc essaie une manière un peu brutale de séparer les deux pierres noires, elles peuvent se connecter sur la seconde ligne avec les coups 3 et 5 :

On pourrait se dire qu’il reste des points de coupe dans la forme noire, et que blanc pourrait les exploiter, mais ces coupes ne marchent pas ! Par exemple si blanc coupe en 6 sur le diagramme suivant, noir peut capturer la pierre en 7 avec un atari sur la seconde ligne (cf cet article si vous ne connaissez pas cette technique) :

Blanc peut essayer une autre manière de séparer les deux pierres noires avec les coups 2 et 4 suivant, mais encore une fois noir s’en tire sans problème :

Là encore vous pourriez émettre une objection : la pierre blanche en 4 du diagramme précédent a l’air de couper le groupe noir en deux ! Mais le problème est que cette pierre est morte, blanc n’a aucun moyen de la sauver. Si par exemple il tente de s’échapper avec les coups 1 et 3 suivants, noir peut simplement capturer deux pierres avec les coups 2 et 4 :

On pourrait donc imaginer mentalement la position de la façon suivante :

La pierre blanche en 4 est virtuellement capturée à la fin de la séquence, on peut donc imaginer qu’elle est déjà retirée du plateau pour visualiser que noir a une forme totalement connectée sur le bord du goban.


Continuons maintenant avec l’extension de 3 :

Cette dernière est plus rapide que l’extension de 2, car elle occupe un espace plus large du plateau, mais elle possède un point faible en son centre :

A ce stade, on pourrait imaginer que les deux pierres noires sont séparées et qu’elle n’ont aucun moyen de se connecter, mais noir a un bon coup pour s’en sortir :

Ce tsuke (coup au contact d’une pierre adverse), marche relativement bien dans cette situation. La séquence suivante est ensuite assez classique :

La pierre noire 3 du précédent diagramme est morte à la fin de la séquence. C’est en réalité un sacrifice nécessaire pour connecter les deux pierres noires initiales. Néanmoins, à la fin de cette séquence, blanc a volé tous les points potentiels de noir sur le bord du plateau ! Il gagne un mur vers le centre en retour.  On peut voir de plus que noir possède encore deux points de coupe en A et B, qui pourraient se révéler problématiques.

Pour le moment, si blanc coupe, noir peut capturer la pierre blanche en shicho avec le coup 2, si bien sûr il n’y a aucun briseur de shicho blanc sur le chemin (cf article shicho).


L’extension de 4 est par contre beaucoup plus fragile

Blanc peut maintenant séparer totalement les pierres noires avec un coup comme celui-ci :

Si noir tente encore une fois de faire un tsuke en 3 puis de couper en 5, on peut voir après le coup 9 que noir possède maintenant beaucoup de faiblesses en A, B et C dans sa forme. On ne peut plus vraiment parler de connexion à ce stade, ce ne sera quasiment jamais une bonne façon de jouer pour noir.


En résumé, lorsque l’on veut s’étendre sur le plateau pour stabiliser un de ses groupes ou faire des points, il faut privilégier l’extension en 2, ou en 3 si on veut être un peu plus efficace au détriment de la solidité. Les extensions en 4 ou plus ne permettent pas d’assurer la connexion entre les deux pierres posées. Il est cependant possible de faire de grandes extensions en 4 ou plus dans certaines configurations pour prendre le contrôle de plusieurs endroits du plateau plus rapidement, mais comme je l’expliquais au début, on préfère généralement garder une connexion entre les pierres que l’on pose.

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Emmanuel

Clair et complet, beau travail !

Hugo

Comme d’hab très bon article ! J’ai noté une p’tite coquille : le ikken tobi est la même chose que le tobi, c’est le nikken tobi qui lui est un saut de 2 espaces

Philigo

Quand j’étais 10 kyu je jouais beaucoup trop d’extension de deux espaces. Cela marchait car mes adversaires n’étaient pas assez focalisé sur les points. Mais en fait l’extension de deux il ne faut la jouer que si l’on veut défendre sa pierre. En fait si elle n’est pas en danger, il faut toujours allez plus loin. Le go est une course au territoire, il faut se développer « rapidement », c’est à dire jouer où il y a de l’espace.