3 techniques de capture : Le double atari, le shicho et le geta

3 techniques de capture : Le double atari, le shicho et le geta

Au moment où j’écris ces lignes se tient un grand congrès du go en Chine pour toute la semaine, avec plusieurs événements au programme. Le plus attendu est certainement le match entre Ke Jie, numéro 1 mondial actuel, et Alphago (aka Master), l’intelligence artificielle créée par Google Deepmind. C’est assez drôle de se dire que l’année dernière, lorsqu’Alphago s’apprêtait à jouer contre Lee Sedol, le consensus général était que Lee allait gagner assez facilement, alors que cette année il est d’avis que ce serait un véritable exploit si Ke Jie arrivait à gagner ne serait-ce qu’une partie contre Alphago !

En plus du match Ke Jie/Alphago (qui se joue en 3 parties), deux autres événements sont organisés. Le premier est une partie où 5 joueurs professionnels affrontent Alphago en pouvant se concerter pour choisir chaque coup. Le second est une partie de pair-go, c’est à dire une partie de 2 contre 2 (les joueurs de chaque équipe jouent à tour de rôle), mais dans une configuration un peu spéciale : un professionnel va jouer en équipe avec Alphago contre un autre professionnel avec une autre version d’Alphago ! Si tout ça vous intéresse, j’ai rédigé un article sur Alphago et l’événement que vous pouvez trouver ici.

Pour l’heure, on va voir les techniques de capture de base à maîtriser ! Je rappelle que le but du jeu n’est pas de capturer des pierres, mais il est parfois indispensable de le faire pour assurer la survie de ses groupes ou pour obtenir un certain avantage dans la partie.


Avant de parler de la première technique de capture, revenons sur un petit point de jargon : on dit qu’une pierre est en atari si elle n’a plus qu’une seule liberté. Par exemple :

La pierre blanche est en atari

Bien sûr si c’est à blanc jouer, il peut sauver sa pierre en jouant sur sa dernière liberté.

Maintenant posons la situation suivante, êtes-vous en mesure de capturer une des deux pierres blanches (A ou B) ?

Pouvez-vous capturer A ou B ?

Chaque pierre ayant 2 libertés, il est impossible de capturer une de ces deux pierres en un seul coup, mais il y a tout de même un moyen d’assurer la capture d’au moins une d’entre elles :

Avec le coup noir 1, chaque pierre blanche se retrouve séparément en atari ! Blanc ne peut en sauver qu’une seule, donc noir pourra toujours capturer la pierre restante, par exemple :

Je pense que vous comprendrez aisément pourquoi on appelle cette technique le double atari 🙂 C’est à vrai dire tout ce qu’il y a à savoir dessus.

Je vous ai préparé quelques exercices pour vous entraîner à repérer les doubles atari. Si vous bloquez sur un exercice et que vous voulez de l’aide, vous pouvez cliquer sur le point d’interrogation :

 

 

 

 

 

 


Passons maintenant à la deuxième technique de capture, le shicho. Encore une fois, prenons un exemple pour illustrer :

La petite pierre blanche est un peu mal en point : elle n’a plus qu’une liberté ! Ma question est donc la suivante : êtes-vous en mesure de la sauver ? Bon, à vrai dire, si vous voulez sauver la pierre, il n’y a qu’un seul coup possible !

Bien, la pierre a maintenant deux libertés, on commence à se dire qu’on est sorti d’affaire, mais noir maintient la pression en jouant le coup en 2 :

Et si blanc pousse en 3, noir bloque en 4 :

Bon à ce stade, même si vous êtes un grand débutant, vous commencez à comprendre que ça sent pas bon pour blanc ! En fait s’il continue à pousser, voici ce qui va se passer :

Et au coup 17, blanc n’a malheureusement plus qu’une seule liberté, et noir peut donc le capturer :

Bref, le destin de la pierre blanche était scellé depuis le début ! Évidemment il fallait donner un nom à cette technique de capture atypique, et les joueurs de go ayant une imagination très débordante … ils ont appelé cette technique l’escalier (Shicho en Japonais) car elle ressemble à … un escalier.

Il y a tout de même quelques petits trucs à savoir sur ce bel escalier, mettons la situation suivante :

Bon je ne vous ferai pas l’affront de vous demander si vous voyez la différence avec la position précédente : on voit bien qu’il y a une pierre blanche en plus sur le plateau 🙂 Mais la question est plutôt, qu’est-ce que ça change ?

Et bien jouons la même séquence pour découvrir ça !

Tadam ! L’escalier heurte malencontreusement (pour noir) la pierre blanche, ce qui crée 3 libertés au groupe blanc ! Il est maintenant impossible pour noir de continuer l’escalier et de capturer blanc. Et le pire dans l’histoire, c’est que c’est maintenant noir qui a de sérieux problèmes : il possède des points de coupes un peu partout dans sa forme ! Blanc peut faire des doubles atari à plusieurs endroits en A, B ou C et la forme de noir s’effondre.

Blanc peut couper partout !

Par exemple si noir connecte en C, blanc peut faire un double atari en B : il peut capturer une des deux pierres noires, et détruire totalement la forme noire. C’est désastreux.

Catastrophe pour noir

Bref, lorsque blanc possède une pierre sur le chemin du shicho, noir ne peut pas capturer la pierre blanche avec cette technique.

A ce stade quand blanc s’échappe, noir n’a donc aucun intérêt à bloquer en A, car s’il continue à jouer le shicho, tout ce qu’il va réussir à créer ce sont des problèmes dans sa forme et de multiples points de coupes où blanc pourra faire des doubles atari (comme vu juste avant).

Faisons encore quelques exercices :

 

 

 

 

 

 


Passons donc à la troisième technique de capture : le geta. Encore une fois, prenons directement un exemple :

Noir vient de jouer le coup en 1, pensez-vous être capable de sauver la pierre blanche ? Essayons :

Après le coup 4, blanc n’a plus qu’une seule liberté ! Noir peut donc capturer tout le groupe blanc :

En fait, la pierre blanche était morte dès le début ! Le coup noir 1 est ce qu’on appelle un geta, c’est encore une fois une image de la technique de capture : geta signifie filet en Japonais. La pierre blanche se retrouve coincée comme un poisson dans le filet du pêcheur : il a beau se débattre il ne peut pas en sortir 🙂

Un geta peut prendre plusieurs formes différentes. Le principe est toujours le même : on capture une pierre sans la toucher, simplement en limitant ses possibilités de mouvement.

Prenons l’exemple suivant, comment s’y prendre pour capturer la pierre blanc marquée en X ?

Comment capturer X ?

Vous avez peut-être pensé au shicho que l’on a vu précédemment :

Malheureusement ça ne marche pas car il y a une pierre blanche sur le chemin. Oui bon d’accord, je l’avais placé là pour que le shisho ne marche pas en fait 🙂

Mais il reste plusieurs façons différentes de capturer la pierre blanche, en utilisant la technique que l’on vient de voir : le geta. Par exemple :

Avec ce coup, la pierre blanche n’a aucun moyen de s’en sortir :

Il existe d’autres geta pour capturer la pierre blanche :

Cette façon de faire est un peu plus difficile à voir car le groupe blanc a tout de même 3 libertés, mais malgré cela il ne peut pas s’échapper du filet 🙂

Et les exercices :

 

 

 

 

 

 


Et maintenant voici les deux derniers problèmes où la solution peut être en shicho ou un geta :

 

 

 

 


Ceci conclut donc notre premier article sur les techniques de capture. Ces trois premières sont vraiment les plus basiques du jeu, surtout les deux dernières. Kageyama dit à ce sujet dans son livre lessons in the fundamentals of go (que vous pouvez trouver traduit en Français ici) :

Si tu veux capturer une pierre, lève deux doigts en l’air et demande-toi : est-ce que je peux la capturer en geta ? Sinon, est-ce que je peux la capturer en shicho ?

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Emmanuel

Il me semble qu’il y a une solution plus courte au dernier problème (contact puis geta en D5). En tout cas c’est un joli pb 🙂

Philigo

Pour le dernier problème, mon premier instinct me dit de jouer en 4-4. Et cela a l’air de marcher.