La vie et la mort : les formes en 5 et 6, et le Seki

La vie et la mort : les formes en 5 et 6, et le Seki

On arrive maintenant au dernier article sur les bases de la vie et la mort ! Après avoir vu la forme en 3, et les différentes formes en 4, on va s’intéresser aux quelques dernières formes importantes à connaître. Je tiens tout de même à préciser que je ne vais pas vous embêter avec toutes les formes en 5 et 6 possibles car ça en ferait un paquet, et la grande majorité de ces formes ne sont que des extensions de formes en 4 déjà vivantes. A vrai dire il n’y a qu’un seul cas de forme en 5, et un cas de forme en 6 qui va nous intéresser, tout le reste, on va laisser de côté !

On va également regarder en détail un autre cas particulier où des groupes peuvent être vivants sans avoir deux yeux ! C’est une situation particulière que j’ai un peu passé sous le silence jusque là, mais il faut savoir ce que c’est, car ça arrive fréquemment en partie.


J’aimerais pour commencer revenir sur la question que je vous avais posée sur l’article précédent sur les formes en 4 :

Quel est le statut du groupe noir ?

On a vu que la même forme sans les deux libertés extérieures donnait un ko :

Ko

Qu’est-ce qui a donc changé avec la forme qui possède deux libertés extérieures ? Voyons la situation :

A ce stade noir peut en fait jouer un coup qu’il ne pouvait pas jouer avant :

Blanc ne peut pas jouer sur la croix

Ce coup est très bon car il « écrase » les deux pierres blanches, dans le sens où blanc voudrait jouer un coup sur la croix pour créer une forme en 3, mais il n’a pas le droit ! Il n’aurait en effet aucune liberté. S’il veut tenter quelque chose, il est de ce fait obligé de réduire les libertés extérieures, mais noir peut facilement capturer les deux pierres et ainsi faire vivre son groupe :

Vous vous demandez maintenant peut-être qu’est-ce qui empêchait noir de jouer ce coup tout à l’heure ? Regardez plutôt :

Noir ne peut pas jouer sur la croix

Dans la situation sans les deux libertés extérieures, noir ne peut pas jouer sur la croix car il n’aurait lui-même aucune liberté et ne capturerait aucune pierre : c’est interdit !

De même, notez l’importance d’avoir deux libertés extérieures et non juste une seule. Si c’était le cas et que noir tentait de jouer le coup 4, ce serait une catastrophe car il se mettrait lui même en atari. Voyez plutôt :

Oups !

N’hésitez pas à bien comparer les 3 situations entre elles pour bien voir les différences. Cet exemple est là pour illustrer le fait que la vie et la mort de vos groupes ne dépend pas que de la forme du groupe en question mais également des libertés extérieures dont ce dernier dispose ! Ce jeu est en quelque sorte un peu comme la langue Française : on a beaucoup de cas typiques pratiques à connaître, mais ils sont tous bourrés d’exceptions 🙂


Bien ! Sans plus tarder, rentrons dans le cœur de l’article et regardons les formes en 5. En voici quelques exemples :

Quelques formes en 5

Toutes ces formes sont en fait déjà vivantes, sauf celle en bas à gauche de l’image. Je ne vais donc vous parler que de cette dernière, mais si vous avez des interrogations sur une autre forme, n’hésitez pas à poser vos questions dans les commentaires.

Quel est donc le statut de la forme ci-dessous ? J’ai dis qu’elle n’était pas déjà vivante, mais elle n’est pas déjà morte non plus, cela dépend du trait.

Il y a donc 5 possibilités notées par les lettres A, B, C, D et E. Si noir joue, il a 3 bons coups pour faire vivre son groupe, et 2 où il se fait tuer. Voyons d’abord les coups pour vivre :

Dans ces deux premiers cas, vous reconnaîtrez aisément une forme en 4 déjà vivante que nous avons étudié dans l’article précédent (sinon, une petite piqûre de rappel s’impose).

Si en revanche noir joue ici, il est également vivant mais la forme est un peu plus atypique :

Il a un œil d’une intersection et un gros œil de 3 intersections. Ce coup est le plus intuitif pour faire vivre le groupe car on voit clairement la séparation des deux yeux du groupe noir, contrairement au deux cas précédents (bien que les groupes étaient vivants également). C’est cette façon de faire vivre le groupe qui est la plus propre en quelque sorte. Disons que je vous recommande ce coup pour faire vivre votre groupe, ça vous aidera à identifier plus facilement les points vitaux sur d’autres formes qui lui ressemblent, et surtout, c’est également ce même coup qui permet à blanc de tuer le groupe noir si c’est à lui de jouer, on va voir ça plus bas.

Il reste deux autres coups possibles à noir, mais les deux échouent à faire vivre le groupe, voyez comme on retombe sur les formes en 4 mortes que l’on avait vu précédemment :

Forme en « T » morte

Forme en 4 carrée morte

Bien, maintenant regardons donc comment blanc peut faire pour tuer le groupe. Il n’a en fait qu’un seul coup possible, comme je le disais plus haut, blanc doit jouer ici :

Noir est mort

C’est le seul coup qui permet de tuer le groupe noir, je vous laisse vérifier que les autres ne marchent pas si vous êtes sceptiques.

Si noir essaie de se débattre, par exemple de cette façon :

Il meurt simplement avec une forme en 4.

Si par contre noir joue autre part il faut s’assurer que blanc puisse tuer le groupe :

Noir 2, 4 et 6 sont joués ailleurs

Blanc achève donc le groupe noir avec le dernier coup au point vital de la forme en 4 en « T ».

Voilà tout ce qu’il y a à savoir d’utile sur la forme en 5. Je ne montre pas toutes les séquences possibles car elles commencent à être nombreuses (la forme offre beaucoup de possibilités de coup) et elles sont peu intéressantes au final. Si malgré tout vous avez des questions, ou ne comprenez pas pourquoi tel coup tue, ou tel coup ne permet pas de vivre, je vous invite encore à poser vos questions dans les commentaires de l’article.


Pour terminer notre étude des formes élémentaires, nous allons voir la forme en 6. En fait là encore, il n’y a qu’un seul cas de forme en 6 qui soit assez atypique pour être introduit, car la quasi totalité des formes en 6 seront des extensions de formes en 5 déjà vivantes. Voyons donc cette forme en 6 particulière :

Je pense que vous voyez le coup venir : pour vivre il faut essayer de créer des formes faisant des yeux donc le plus intuitif reste de jouer au milieu de la forme :

Si au contraire c’est à blanc de jouer, il joue le même coup pour tuer le groupe noir :

A ce stade, noir est déjà mort. Il peut essayer de résister, par exemple :

Mais à ce stade, si noir rajoute un coup on tombera sur une forme en 4 morte. Il peut donc décider de jouer autre part pour voir si blanc peut vraiment le tuer :

Noir 4 et 6 sont joués ailleurs sur le goban

Noir meurt finalement avec une forme en 4 et le dernier coup blanc est en plein sur le point vital.

Si maintenant noir veut savoir comment blanc peut faire pour le tuer s’il joue des coups ailleurs dès le début :

On retombe sur la forme en 5 que l’on vient de voir, et blanc a justement un coup placé au bon endroit pour tuer le groupe noir !

Je ne vous embêterai pas plus avec des séquences qui risquent de vous embrouiller pour rien sur cette forme en 6. Elle arrivera très peu souvent en pratique, mais il fallait tout même en parler car c’est la dernière forme élémentaire qui est tuable.

En fait, si on augmente encore la taille pour arriver à une forme en 7 similaire :

Forme en 7

Eh bien le groupe noir est inconditionnellement vivant ! Blanc n’a aucun moyen de tuer ce groupe. Par exemple s’il essaie l’attaque classique en jouant au point central, voici ce qui peut se passer :

Noir est vivant

Voilà donc pourquoi la forme en 6 est la dernière des formes basiques à étudier. La forme en 7 étant en effet dans tous les cas déjà vivantes, elle ne mérite pas spécialement d’attention ! De même, plus on augmentera l’espace vital, avec des formes en 8, 9, … plus on aura de place pour faire des yeux. Ces formes seront donc également vivantes sans problème.


Passons maintenant à la dernière partie de cette série d’articles sur la vie et la mort : le seki ! Non, je ne ferai pas de blague sur ce terme Japonais 🙂 Il signifie littéralement « vie mutuelle », vous allez vite comprendre pourquoi.

Prenons directement un exemple avec la situation suivante :

Les pierres noires marquées par des croix et les pierres blanches avec des triangles semblent un peu mal en point ! Le groupe noir comme le groupe blanc n’a plus que 2 libertés. Et pourtant, qu’en est-il vraiment ?

Si noir veut capturer les pierres blanche, je pense qu’on sera tous d’accord sur le fait qu’il faille retirer les libertés du groupe blanc, c’est la base du jeu. Essayons :

Et c’est donc à blanc de jouer :

Et là, on se rend compte que noir a fait une bêtise ! Il s’est retiré une de ses deux dernières libertés ce qui a permis à blanc de le capturer.

Mais que se passe-t-il si c’est au contraire blanc qui décide d’essayer de jouer en premier dans la situation initiale ?

C’est maintenant au tour de noir qui peut jouer :

Et donc c’est noir qui capture les pierres blanches !

Ça a l’air un peu bête comme situation : le premier qui joue un coup pour essayer de capturer l’autre se fait en fait lui-même capturer ! Eh oui si vous vous rappelez bien j’ai dis que seki signifiait en Japonais « vie mutuelle ». Cela veut bien dire ce que ça veut dire : les deux groupes sont mutuellement vivants. Bien que les groupes blanc et noir n’aient que deux libertés et n’aient pas deux yeux, ils sont toute même considérés comme des groupes vivants car aucun des deux camps n’est en mesure de capturer le groupe adverse ! C’est bien la définition d’un groupe vivant.


Notre série d’articles sur les formes élémentaires touche maintenant à sa fin. J’espère que les choses sont à peu près claires pour vous. N’ayez pas peur si ça fait beaucoup d’informations d’un coup : avec la pratique, ces formes deviendront réellement un jeu d’enfant pour vous. Je ne plaisante pas. Cela peut vous paraître être une montagne, et que jamais vous ne vous y retrouverez dans toutes ces séquences qui peuvent paraître compliquées. Mais je tiens à vous rassurer, vous allez très vite voir que toutes ces formes ne sont pas élémentaires pour rien :

  • La quasi totalité des problèmes de vie et de mort que vous trouverez dans le jeu vont se ramener à une des formes que l’on vient d’étudier, c’est pour dire !
  • Elles arrivent très souvent en partie, et quoi de mieux que la répétition pour faire travailler la mémoire ? 🙂

Bref, comme d’habitude, n’hésitez pas à laisser vos impressions en commentaire !

4
Poster un Commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

plus récent plus ancien
Johan

Merci pour cet article ! Toutefois je suppose que plus la forme s’agrandit (forme en 9, 10, etc) plus il ya de chances pour que l’attaquant puisse tuer l’autre en jouant à l’intérieur ?

Hugo

Très bon article ! Pour ce qui est de la manière de défendre la forme en 5 quand on a le trait, on peut même ajouter aux arguments esthétiques que le point vital ne laisse aucune menace de ko.