La vie et la mort : la forme en 4

La vie et la mort : la forme en 4

Dans le précédent article, on a introduit la forme la plus élémentaire à maîtriser : la forme en 3. On va maintenant s’intéresser à une autre forme qui apparaîtra très souvent lors de vos parties : la forme en 4. Pour rappel : on nomme une forme en 4 si elle entoure 4 intersections adjacentes (qui se suivent).

Quelques formes en 4

Comme vous pouvez donc le voir, elles ont différentes formes : un carré, une ligne droite, une forme en « S », en « T » ou encore en « L ». Elles ont chacune un statut particulier que nous allons voir.


Commencez par une des plus simples, la forme en 4 carrée :

Une forme en 4 carrée

Pourquoi elle est simple ? Elle est déjà morte ! Et oui, le groupe noir n’a aucun moyen de faire deux yeux pour vivre avec cette forme.

Tout d’abord, que se passe-t-il si noir essaie de faire vivre son groupe en jouant à l’intérieur ? On peut voir qu’on retombe sur la forme en 3 que l’on a étudié dans l’article précédent :

Oh ! Une forme en 3 sauvage apparaît

Notez que peu importe où est joué le coup noir 1, on tombera sur une forme en 3. Et vu que c’est à blanc de jouer, il peut simplement jouer au point vital en A pour tuer le groupe noir (voir l’article sur la forme en 3 pour plus d’explications).

Maintenant que se passe-t-il si noir laisse la forme telle quelle et joue ailleurs, est-ce que blanc peut la tuer ?

Blanc peut-il tuer la forme en jouant lui-même à l’intérieur ?

Vous vous doutez sûrement de la réponse vu que je vous avais dit que la forme était déjà morte tout à l’heure 🙂 Donc oui, blanc peut tuer ce groupe noir s’il joue à l’intérieur directement, par exemple :

Noir est mort

Et même si noir continue à jouer ailleurs après le premier coup blanc, blanc peut tuer le groupe :

Les coups noirs 2 et 4 sont joués ailleurs sur le plateau

On voit qu’on retombe souvent sur une forme en 3, et c’est assez logique car lorsque noir joue dans la forme, il réduit le nombre d’intersections de celle-ci. Il ne sera donc pas rare de réduire une forme en 5  (que l’on va voir dans le prochain article) à une forme en 4 puis à une forme en 3.

Et je rappelle encore une fois, lorsque cette forme en 4 carrée apparaît, blanc n’a pas besoin de jouer à l’intérieur pour tuer la forme car elle est déjà morte, il peut simplement vaquer à d’autres occupations sur le plateau 🙂


Passons maintenant à une autre forme en 4 : celle en ligne droite :

Forme en 4 en « I »

J’ouvre une parenthèse pour souligner que cette forme est strictement équivalente à celle-ci par exemple :

Ou encore celle-ci :

Toutes les formes que nous étudions peuvent être placées à différents endroits du plateau : au milieu de nul part, collées à un bord ou encore à un coin (comme les deux exemples ci-dessus). Il arrive que le changement de position de la forme puisse changer le statut du groupe, c’est le cas par exemple des formes en 4 en « S » et « L » que l’on va voir juste après. Mais dans ce cas ci (en « I »), cela ne change absolument rien.

Mais alors cette forme en « I », quel est son statut ? Là encore la réponse est courte : le groupe noir est déjà vivant.

Voilà, on peut passer à la suite.

… comment ça ? vous voulez des explications ? Très bien !

C’est donc à blanc d’essayer de tuer cette forme, essayons des coups :

Noir est vivant

Si blanc joue en 1, noir peut simplement répondre en 2, et blanc ne peut plus jouer ni en A ni en B, noir a donc bien deux yeux. Bon, je vous l’accorde, l’œil en A est un peu peu différent de ceux de d’habitude. Disons qu’il parait un peu plus « gros ». Le principe de l’œil reste néanmoins le même : A est une intersection dans laquelle blanc ne peut pas jouer. Bien sûr si blanc joue son coup 1 en 2 (comprendre : si le coup blanc 1 est joué là où a joué noir en 2), le résultat reste le même : noir jouera alors son coup 2 en 1. Bon je m’amuse un peu avec vous, là je l’avoue 🙂

Si maintenant blanc essaie une autre approche :

Un peu nul ce coup

Noir n’a même pas besoin de répondre ! Il peut jouer autre part. Il est encore une fois, déjà vivant. Voici ce qui se passe si blanc persiste :

Noir peut jouer le coup 2 ailleurs sur le plateau et quand même capturer les deux pierres : il retrouve comme tout à l’heure un gros œil en A et un œil de taille plus normal en B. Il est vivant.

Ou encore dans cette situation :

Noir a encore au final un gros œil et un normal.

Bien sûr noir n’a donc aucun intérêt à rajouter des coups dans sa forme en 4 en « I » car elle est déjà vivante. Cela reviendrait à perdre son tour et se retirer des points !


Voici maintenant une autre forme en 4 très classique, qu’on pourrait appeler en « T ». Peut-être celle qui apparaît le plus souvent :

Une forme en 4 en « T »

Là encore, cette forme peut être vue de plusieurs façons différentes suivant son emplacement sur le plateau mais cela ne change encore rien à sont statut :

Quelques formes en 4 en « T » équivalentes

Cette fois ci la forme n’est pas déjà vivante ou morte, mais cela dépend du trait. Cela signifie que ça dépend du prochain coup. Si c’est à noir de jouer, il peut faire vivre son groupe, si c’est à blanc de jouer il peut tuer le groupe noir.

Regardons d’abord comment noir peut faire vivre son groupe. Il n’a qu’un seul coup possible :

Noir est vivant

On peut voir que noir a même trois yeux en A, B et C. C’est le seul coup possible pour faire vivre le groupe, les autres ramènent le « T » à une forme en 3, par exemple :

Noir est mort

Maintenant que l’on connaît le coup pour faire vivre le groupe, vous commencez peut-être à imaginer quel est le coup que doit jouer blanc pour tuer le groupe s’il a le trait.

Noir est mort

Oui c’est la même intersection. Si noir essaie de faire quelque chose directement, il se retrouve avec une forme en 3 et un coup en plein sur le point vital !

Noir est toujours mort ! Blanc peut jouer ailleurs

Il faut maintenant regarder ce qu’il se passe si noir décide de joueur ailleurs. Comment peut faire blanc pour tuer le groupe ? C’est simple il lui suffit de combler les libertés intérieures une par une, dans n’importe quel ordre :

Noir joue ailleurs deux fois

On peut voir par ailleurs que si blanc joue n’importe quel autre coup que le point vital, noir peut jouer sur ce dernier, capturer la pierre blanche, et donc faire vivre son groupe. Par exemple :

Oups, noir est vivant

C’est tout ce qu’il y a à savoir sur la forme en 4 en « T ». Celui qui joue en premier au point vital fait vivre ou tue le groupe.


Continuons notre étude de la forme en 4. On va maintenant passer au deux dernières formes. Elles ont un statut similaire comme on va le voir. Regardons la première, la forme en 4 en « S ». En voici quelques exemples :

Quelques formes en « S »

Là encore, j’ai pris soin de les placer un peu partout sur le goban : au centre, sur le bord ou dans les coins. Car cette fois-ci, le statut de la forme dépend de son emplacement sur le goban.

En fait, la forme en 4 en « S » est déjà vivante, sauf dans un seul cas en particulier. Sur l’image précédente, la seule forme qui est un peu différente est celle en bas à gauche. Pour les trois autres, je vous laisse vous convaincre qu’il n’y a aucun moyen pour blanc de tuer le groupe. La logique derrière la forme est similaire à celle de la forme en « I » vue plus haut. La simple attaque suivante n’aboutit pas.

Noir est vivant

Intéressons-nous donc plutôt à cette forme un peu différente lorsqu’elle est placée dans le coin :

Statut du groupe noir ?

La différence notable qu’elle possède, est sa petite pierre unique sur l’intersection 1-1 (la première ligne dans chaque direction). Si le trait est à noir, il peut très facilement faire deux yeux, par exemple de la façon suivante :

Mais si c’est à blanc de jouer, la situation est un peu différente de tout à l’heure, car quand blanc joue le coup 1, la pierre noir en 1-1 est en atari !

Si noir défend simplement sa pierre, le groupe se retrouve mort avec une forme en 3.

Noir est mort

Noir est donc contrait de défendre sa pierre en jouant la séquence suivante :

Cette situation ne vous rappelle rien ? C’est le fameux ko dont j’avais parlé lors de l’introduction aux règles du jeu ! Noir n’a pas le droit de recapturer la pierre du dernier coup blanc directement. Il est obligé de jouer un coup ailleurs sur le goban. Ce à quoi blanc aura deux options : soit le coup que noir a joué ailleurs menace quelque chose et force blanc à répondre, on appelle ça une menace de ko, soit blanc décide de capturer le groupe dans le coin (notez qu’il est en atari).

La forme en « S » est donc déjà vivante sauf dans le dernier exemple que l’on vient de regarder où un ko peut apparaître.


Fiouuu ! On arrive à la dernière forme en 4, celle en « L ». Je vais faire court car son statut est très similaire à celle en « S » que l’on vient de voir : la forme est déjà vivante sauf lorsqu’elle est placée dans le coin.

Quelques formes en « L »

Dans le cas général, le groupe noir est bien vivant :

Noir est vivant

Mais dans le coin on se retrouve encore avec cette histoire de ko 🙂

Ce coup noir est le seul qui permet de lancer un ko pour vivre, tous les autres sont inefficaces et verront le groupe noir mourir. C’est un sacrifice d’une pierre plutôt efficace.

Comme annoncée cette forme en « L » ressemblait beaucoup à la forme en « S » précédente. Vivante en général mais un ko peut arriver dans le coin.


 

 


Et en bonus, voici un autre test pour vous. La forme ressemble beaucoup à la dernière que l’on vient d’étudier, le « L » dans le coin. Mais cette fois ci noir possède deux libertés extérieures. Cela change encore le statut du groupe noir ! Voyez-vous la différence ?

Quel est le statut du groupe noir ?

2
Poster un Commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

plus récent plus ancien
Johan

Merci pour cette article ! Je ne vois pas la différence dans la dernière situation, pourrais-tu expliquer dans un prochain article stp ?