La vie et la mort : la forme en 3

La vie et la mort : la forme en 3

Cet article fait suite à celui introduisant les règles du jeu de go, si vous ne l’avez pas encore lu, c’est par ici 🙂

On a donc vu qu’il était possible de créer des groupes qui ne peuvent être capturés, des groupes vivants. Pour rappel voici un exemple :

Position 1 : Blanc ne peut ni jouer A, ni B, donc noir est vivant

Maintenant, changeons un peu la configuration, le groupe noir a maintenant 3 libertés, pensez-vous que le groupe est toujours vivant ?

Position 2 : Quel est le meilleur coup pour noir ?

Vous vous êtes peut-être rendu compte que si noir joue au milieu des trois intersections, on revient à la position précédente : le groupe noir est vivant. Mais que se passe-t-il si noir joue sur une autre des trois intersections ?

Si noir joue par exemple sur l’intersection de droite en C, le groupe n’a plus que 2 libertés en A et B, un peu comme dans la position 1.

Mais cette fois-ci c’est un peu différent : blanc est autorisé à jouer A ou B car sa pierre aurait une liberté. Si blanc joue par exemple en A (l’autre intersection donne le même résultat) le groupe noir n’a plus qu’une seule liberté, on dit qu’il est en atari (notez bien ce terme car il va revenir souvent 🙂 ). Même si noir capture la pierre blanche, blanc peut capturer tout le groupe derrière !

En fait, lorsque noir avait joué le coup C, il avait déjà scellé le destin de son groupe : il était mort ! La forme étant symétrique, le coup sur l’intersection de gauche donne le même résultat, et donc le seul coup qui permet de faire vivre le groupe est celui sur l’intersection centrale.


Mais si on revient à la position 2, et que c’est à blanc de jouer, que se passe-t-il ? Il a trois possibilités, A, B ou C :

Position 2 : Quel est le meilleur coup pour blanc ?

Si blanc joue en A ou en C, noir peut aisément capturer la pauvre pierre en jouant en B, et on se retrouvera dans la position 1 présentée plus haut, le groupe noir sera donc vivant.

La seule option viable à tester pour blanc est donc le coup B.

Et là on commence à sentir que quelque chose va mal dans la forme de noir ! S’il tente de se débattre en jouant une des deux intersections libres, il se met tout seul en atari et se fait capturer avec le coup blanc suivant !

Si maintenant noir décide de ne pas répondre au premier coup blanc, et de jouer le coup 2 autre part sur le plateau, blanc peut tout aussi bien capturer le groupe noir avec les coups suivants :

Noir 2 est joué ailleurs sur le plateau

Si on résume : dans la position 2, lorsque blanc joue le coup B, noir n’a aucun moyen de s’en sortir ! Qu’il tente de se débattre, ou qu’il joue ailleurs sur le goban, blanc pourra capturer le groupe noir. Au moment où blanc joue en B, le groupe noir est déjà virtuellement capturé : on dit simplement qu’il est mort. Blanc n’a donc aucun intérêt à perdre son temps à jouer des coups pour capturer le groupe, puisqu’il peut le tuer à n’importe quel moment.

Comme je l’expliquais dans le premier article sur les règles, lorsque la partie se termine, blanc n’a même pas besoin de capturer le groupe, les pierres mortes sont simplement retirées du plateau et comptées comme des prisonniers. Si noir conteste en fin de partie le fait que ses pierres soient mortes, il suffit de jouer la séquence pour lui montrer que vous pouvez capturer ses pierres. Cela peut arriver dans des parties de débutants que les joueurs ne soient pas d’accord sur le statut d’un groupe (vivant ou mort) lorsque la partie est terminée, mais très rapidement avec un peu d’expérience, les deux joueurs reconnaissent aisément les formes vivantes des formes mortes.

Certains auront peut-être remarqué une chose dans la position 2, le coup qui fait vivre le groupe pour noir est le même coup qui tue le groupe pour blanc (le coup en B). C’est quelque chose de très commun au go, il y a même un proverbe pour ça : « Le bon coup de ton adversaire est ton bon coup ». Oui, il va falloir vous habituez aux proverbes, car il y en a beaucoup dans le monde du go 🙂


J’aimerais maintenant vous parler de deux détails importants qui ne concernent pas spécifiquement la forme en 3, mais qui rentrent dans le cadre de la vie et la mort.

La première chose dont je veux parler, ce sont les libertés extérieures. Dans les exemples précédents, toutes les libertés extérieures du groupe noir étaient complètement remplies, mais voyez par exemple la situation suivante :

Noir est mort

Le groupe noir possède 16 libertés extérieures et 2 libertés intérieures, c’est énorme ! Et pourtant le groupe noir est mort 🙁 Oui ça peut paraître bizarre, mais en fait tout ce qui importe ce sont deux choses :

  • La forme noire est morte localement. Ce qu’on entend par la forme locale, c’est la forme en 3 sur laquelle blanc a joué le bon coup pour tuer.
  • Noir n’a aucun moyen de faire un œil en dehors de sa forme locale. Et oui, bien que le mur blanc extérieur ne touche pas la forme noire, il n’y a aucun moyen de créer un deuxième œil à l’extérieur car blanc l’empêche de sortir.

Ce que ça implique, c’est que blanc peut, quand il le souhaite, combler toutes les libertés extérieures une par une pour ensuite achever le groupe noir et le capturer entièrement. Bien sûr, il ne le fera pas en partie réelle car ce serait une perte de temps, mais c’est cette possibilité pour blanc qui fait que l’on dit que le groupe noir est mort.

Je veux bien mettre l’accent sur les libertés extérieures : si le groupe noir n’a aucun moyen de sortir pour chercher à faire un œil autre part sur le plateau, son statut (vivant ou mort) dépendra de sa forme locale (ici une forme en 3).


Voici maintenant une autre chose essentielle à connaître :

Dans la position suivante, on a vu que noir avait deux yeux en A et B. Ce sont des intersections dans lesquelles blanc ne pourra jamais jouer.

Noir est vivant

Mais que se passe-t-il si maintenant on se trouve dans la situation suivante :

Statut du groupe noir ?

Vous remarquez que blanc ne peut toujours pas jouer en A, car sa pierre n’aurait aucune liberté et ne capturerait aucune pierre noir. Mais pour B la situation a changé : blanc peut jouer en B car il capturerait une pierre noire !

Le groupe noir est mort

Maintenant le groupe noir n’a plus qu’une seule liberté ! Il peut être capturé a tout instant et n’a aucun moyen de s’en sortir. Vous pourriez émettre une objection en disant que la pierre blanche 1 est elle aussi en atari, que noir pourrait éventuellement la capturer (moyennant un ko), mais cela ne changerait rien au fait que B ne sera jamais un vrai œil, et que tôt ou tard blanc pourra capturer le groupe entier. Le groupe noir n’est donc pas vivant.

Ce qui ressemblait à un œil avec l’intersection B n’en est donc en fait pas vraiment un, c’est ce qu’on appelle un faux œil. C’est très trompeur pour les débutants car ils pensent avoir des groupes vivants alors qu’en fait certains de leurs yeux sont des faux yeux. Voici plusieurs exemples de groupes, certains ont des faux yeux, d’autres sont parfaitement vivant. Essayez de repérer les groupes vivants des groupes morts :

Quels groupes sont vivants ?

Si vous avez des problèmes sur certaines formes n’hésitez pas à poser vos questions dans les commentaires, j’ai numéroté chacune d’entre elles pour que vous puissiez indiquer laquelle vous pose problème.


Voilà maintenant un petit récapitulatif interactif pour vous exercer afin de voir si vous avez tout compris (vous pouvez jouer des coups). Il y a plusieurs slides donc n’hésitez pas à naviguer avec la flèche > :

 

 


Cet article touche à sa fin ! On a passé pas mal de temps sur cette première partie pour bien que les séquence soient claires. Avec la pratique, ce genre de problème deviendra un jeu d’enfant pour vous !

La forme noire que l’on vient d’étudier s’appelle donc la forme en 3, tout simplement car elle compte trois intersections entourées par les pierres noires. C’est une forme élémentaire à maîtriser car elle revient extrêmement souvent dans les combats de vie et de mort. Il existe aussi la forme en 4, ou en 5, qui sont des formes élémentaires elles aussi. Nous les étudierons dans le prochain article. La forme en 3 que l’on vient de voir peut néanmoins apparaître sous plusieurs variantes. Voici quelques exemples :

Quelques formes en 3

Notez que c’est toujours le même coup en A qui fait vivre le groupe (ou tue si c’est blanc qui le joue). C’est ce qu’on appelle le point vital de la forme.


Nous verrons dans le prochain article la suite des formes élémentaires : les formes en 4.

Quelques formes en 4

Gardez à l’esprit toutefois que l’on étudie des problèmes de vie et de mort car ils sont à la base du jeu, mais n’en sont pas la finalité. Comme je l’expliquais dans l’article sur les règles du jeu, le but final reste de créer des points en faisant des territoires. Mais pour mener à bien cet objectif, il faut que les frontières qui bordent vos territoires forment des groupes vivants. Voilà pourquoi lorsque l’on commence à jouer au go, on étudie habituellement les principales formes qui apparaissent dans le jeu et comment les faire vivre (ou les tuer) 🙂

Poster un Commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.