Ne jouez pas d’échange sans raison !

Ne jouez pas d’échange sans raison !

Eh bien tout d’abord bonne année à tous !

Pour ce premier article de 2018 on va parler d’une mauvaise tendance qu’on retrouve souvent chez les débutants. Une fois expliquée, les choses devraient vous sembler logique et normalement ces mauvaises habitudes devraient partir assez vite 🙂 La leçon ne devrait pas être trop abstraite pour une fois !

On va donc aujourd’hui regarder pourquoi vous devez faire attention avant de jouer certains coups sans réfléchir. Bien que le terme échange prenne plusieurs sens différents au go, on va seulement étudier ici les coups forçant une réponse adverse.


Commençons en prenant pour exemple un des josekis les plus populaires :

La variation principale s’arrête ici. Il existe différentes continuations possibles en milieu de partie suivant l’état du jeu, mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Je voudrais plutôt parler de ceci :

L’échange noir 1 / blanc 2 a l’air anodin. Si blanc ne répond pas, noir peut couper tout le groupe blanc et tuer le coin ! C’est énorme. Blanc est donc obligé de répondre.

Noir est content : il a joué un coup qui a forcé son adversaire à répondre. Et pourtant, est-ce vraiment un bon échange pour noir ? Si on regarde de plus près, qu’est-ce que noir a gagné ? Plus ou moins rien du tout. En fait c’est pire que ça : il a même perdu plusieurs choses.

La première chose évidente que noir a perdu, c’est une menace de ko. Eh oui, comme dit plus haut, ne pas répondre pour blanc serait une perte énorme. C’est donc une très bonne menace de ko pour noir. Et croyez-moi les bonnes menaces de ko ne courent pas les rues (et les ko ne sont pas si rares que ça en partie).

Le second point négatif à forcer un tel échange est moins visible au premier abord. Au go les pierres que l’on pose sur le plateau ne peuvent pas bouger. Elles peuvent se faire capturer, mais pas bouger. Ce que ça signifie, c’est que lorsque noir fait l’échange, il impose localement les pierres à prendre une certaine forme, définitivement. Ainsi, il se prive d’autres séquences possibles qu’il aurait pu vouloir jouer plus tard dans la partie.

Prenons une situation un peu différente, sans l’échange forcé noir 1 / blanc 2 précédent. Noir a maintenant une pierre en renfort sur le bord ouest. Dans cette configuration, une faiblesse en A apparaît dans la forme blanche :

Si noir joue en 1, il est bien sûr inconcevable pour blanc de jouer en 2, sinon noir 3 coupe les deux groupes blancs, c’est catastrophique.

La seule solution viable consiste donc à connecter en 2, mais alors noir peut lui aussi connecter sa pierre 1 avec celle sur le bord ouest grâce aux coups 3 et 5. Le territoire blanc dans le coin se retrouve bien érodé, et le groupe n’est même pas encore vivant localement !

Petite parenthèse : j’ai rédigé un article spécialement sur ce genre de forme dans le coin : la forme en L. Elle est très classique et connaître son statut (vivant, mort, …) aide énormément en partie.

Si on regarde la même situation avec cette fois-ci l’échange que l’on a vu plus haut. La seule chose que noir peut jouer ici est maintenant un maigre coup en 1 :

On voit clairement la différence. Le mauvais échange de noir lui a privé la possibilité de jouer un autre coup à la place. Un coup bien plus intéressant.


Encore une fois au go, il y a des exceptions, et il existe des situations où pousser dans un tobi peut s’avérer profitable :

Dans cette situation, blanc souffre d’une faiblesse majeure que la forme étudiée précédemment n’avait pas (je vous laisse retourner voir pour vous en convaincre si vous n’êtes pas sûr).

Noir pousse en 1, et coupe en 3 pour tester la réaction de blanc :

Si blanc décide de jouer en 1, noir traite sa pierre de coupe comme un sacrifice et joue 2 et 4 pour capturer la pierre blanche isolée. Bien sûr cette séquence marche uniquement si le shicho est bon pour noir. Sinon il faut s’arranger pour le faire fonctionner comme nous allons le voir plus bas (ou bien jouer une autre séquence).

La deuxième option pour blanc est de connecter l’autre pierre, laissant cette fois-ci la possibilité à noir de capturer deux pierres blanches. Un résultat excellent localement pour ce dernier.

Ce qu’il faut retenir de ces premiers exemples, c’est que ce n’est pas parce qu’un échange est sente, qu’il est bon. Parfois il vaut mieux laisser la situation telle quelle pour garder d’autres possibilités de coups, comme on l’a vu dans le premier exemple.

Si au contraire l’échange vous offre directement une séquence intéressante, comme la coupe du deuxième exemple, dans ce cas il n’y a pas de problème.

Ce qu’il ne faut pas surtout pas faire, c’est jouer un échange sans raison particulière autre que « c’est sente » !


Continuons notre étude avec un autre exemple tiré encore une fois d’un joseki populaire :

Dans cette séquence classique, blanc tire un bénéfice dans le coin tandis que noir s’assure une bonne influence extérieure. Après noir 9, blanc est libre de jouer ailleurs sur le plateau.

J’aimerais tout de même vous poser la question suivante. Que pensez vous de l’échange blanc 1 / noir 2 :

Si noir ne répond pas, blanc peut déchirer totalement la forme noire. Il est donc impératif pour noir de jouer en 2. Blanc a donc forcé un échange, mais est-il bon pour autant ?

Blanc aimerait pouvoir couper ici :

Afin d’essayer de séparer les deux groupes noirs, mais un simple coup en 2 capture la pierre blanche avec un shicho. Au final, blanc a pousser dans le keima pour rien ! C’est encore une fois un mauvais échange pour blanc localement, car il n’a aucune suite intéressante dans l’immédiat.

Si on prend une forme un peu similaire sur le bord du plateau cette fois-ci, que peut-on dire ?

Blanc ne peut pas capturer la pierre 3 facilement, la coupe va poser de gros problèmes à blanc qui se retrouve séparé en 2 ! Ce genre de situation est très favorable à noir.

On peut résumer ces exemples par un proverbe classique simple : « On pousse dans un keima pour couper ». Sous-entendu : on ne pousse pas si on ne peut pas couper !


Passons à un autre type d’échange. Vous connaissez tous le tobi :

Cette forme constituée de 2 pierres est une des plus courantes au go.

Il arrive assez souvent que blanc menace de couper avec le coup suivant :

On appelle ça un nozoki. Noir se sent généralement forcé de répondre sinon blanc pourrait traverser le tobi et ça serait un peu douloureux. Mais est-ce un bon échange pour autant ? Cela dépend encore une fois du contexte. Sans raison particulière, il faut vraiment éviter d’échanger des coups comme ça car vous vous privez d’autres façons d’exploiter la forme du tobi.

Prenez par exemple la situation suivante :

On a vu dans un autre article que la forme noire possédait une « faiblesse » en A (à vrai dire la forme est un poil différente dans l’autre cours, mais l’idée reste la même). Petite piqûre de rappel, blanc peut séparer le tobi noir de la sorte :

Cette séquence est intéressante pour blanc, bien que ça ne soit pas forcément nécessaire de la jouer immédiatement. Il est toujours utile de garder à l’œil les faiblesses adverses, pour les exploiter suivant l’évolution de la partie.

Mettons donc maintenant que blanc, décide de menacer de couper le tobi. Noir répond solidement en 2 et blanc se croit content : il a joué un échange sente.

Malheureusement pour ce dernier, il vient de réparer la faiblesse noire en A que l’on a vue juste avant ! Voyez plutôt :

Blanc ne peut plus séparer le tobi noir. Blanc n’a localement strictement rien gagné à jouer le nozoki, alors que noir a vu sa forme se renforcer. Catastrophique pour blanc !


Si on reprend notre exemple vu un peu plus haut, on peut toutefois trouver des situations où menacer de couper un tobi trouve une utilité :

On a vu précédemment que noir peut exploiter une faiblesse dans les trois pierres blanches en bas du goban. Mais cette dernière était en quelque sorte conditionnée au shicho (n’hésitez pas à remonter voir la séquence un peu plus haut).

Ici cependant, la séquence ne marche pas vraiment car noir n’a pas le shicho ! Après le coup blanc 6, noir ne peut pas jouer A car le shicho ne marche pas, il est donc contraint de reculer en B, mais il va passer un sale quart d’heure vu la présence de la pierre blanche dans le coin inférieur droit…

Mais il y a une solution ! Avant de jouer la séquence en bas du plateau, noir peut jouer le nozoki sur le bord droit. Et miracle ! Le shicho marche maintenant 🙂


Résumons tout ce qu’on vient de voir :

  • Ce n’est pas parce qu’un échange est sente (qu’il vous fait conserver l’initiative) que c’est un bon échange pour autant !
  • Si vous ne voyez pas de raison de jouer l’échange, alors ne le jouez pas.
  • Dans le cas contraire, par exemple pour faire fonctionner un shicho comme on l’a vu à la fin, vous pouvez le faire.
  • Ne pas jouer d’échange sente inutilement vous fait également conserver de précieuses menaces de ko.
  • On ne pousse pas dans un keima (ou un tobi), sauf pour couper !

Efforcez-vous de chercher une raison à vos coups avant de les jouer et vous éviterez beaucoup d’échanges inutiles de cette façon.

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Johan

C’est vrai qu’en tant que débutant on a tendance à plus réagir qu’agir et on peut se retrouver à jouer des coups contre-productifs. Merci pour ce bon rappel !